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Les experts de la Fondation Panzi au chevet de l’Ukraine : une expertise congolaise qui mérite d’abord de servir la RDC

La Fondation Panzi, sous le leadership du Prix Nobel de la paix, le Dr Denis Mukwege, a développé au fil des années un modèle holistique de prise en charge des survivantes de violences sexuelles liées aux conflits armés. Cette approche innovante, qui associe les soins médicaux, le soutien psychologique, l’accompagnement juridique, la réinsertion socio-économique et le plaidoyer, est aujourd’hui reconnue comme l’une des plus efficaces au monde. Elle est devenue une référence internationale et inspire de nombreux pays confrontés aux conséquences des conflits et des violences basées sur le genre.

Cette reconnaissance internationale est une immense fierté pour la République démocratique du Congo. Elle témoigne de la capacité des experts congolais à transformer une tragédie nationale en un modèle d’excellence salué bien au-delà de nos frontières. Grâce à leur savoir-faire, leur engagement et leur expérience acquise auprès de milliers de survivantes, les spécialistes de la Fondation Panzi sont aujourd’hui sollicités pour partager leurs connaissances dans d’autres contextes humanitaires.

C’est dans cette logique que plusieurs experts de la Fondation Panzi accompagnent désormais l’Ukraine afin de renforcer les capacités locales dans la prise en charge des victimes de violences sexuelles liées à la guerre. Cette coopération illustre la portée universelle de l’expertise congolaise et confirme que les solutions développées en RDC peuvent répondre à des défis similaires ailleurs dans le monde.

Cependant, cette reconnaissance internationale met également en lumière un paradoxe difficile à ignorer. Alors que cette approche a été conçue en réponse aux souffrances des populations congolaises, son potentiel reste insuffisamment exploité au niveau national. Malgré des décennies de conflits dans l’est du pays et le nombre toujours élevé de victimes ayant besoin d’un accompagnement complet, ce modèle n’a pas encore été pleinement intégré dans les politiques publiques de santé, de justice et de protection sociale.

Pendant que d’autres pays s’inspirent de cette expertise et mobilisent les spécialistes congolais pour renforcer leurs propres systèmes de prise en charge, la République démocratique du Congo tarde encore à institutionnaliser ce modèle et à lui donner les moyens d’être déployé à grande échelle sur l’ensemble du territoire national. Cette situation prive de nombreuses survivantes d’un accompagnement de qualité pourtant conçu à partir des réalités congolaises.

Il est donc essentiel que les autorités congolaises prennent pleinement conscience de la valeur stratégique de cette expertise nationale. Le modèle holistique de la Fondation Panzi ne devrait pas être considéré uniquement comme une réussite d’une organisation non gouvernementale, mais comme un patrimoine national, susceptible de renforcer durablement les politiques publiques en faveur des survivantes de violences sexuelles et des personnes affectées par les conflits.

Valoriser cette expertise signifie investir dans la formation des professionnels de santé, des psychologues, des assistants sociaux, des magistrats et des acteurs communautaires. Cela implique également d’assurer un financement adéquat, de renforcer les partenariats entre l’État et les organisations spécialisées et d’étendre cette approche à toutes les provinces confrontées aux conséquences des violences.

L’exemple de l’Ukraine démontre que le monde reconnaît la qualité du travail accompli par les experts congolais. Cette reconnaissance internationale doit être une source de fierté, mais aussi un appel à l’action pour les décideurs de la RDC. Il serait regrettable que ce modèle continue d’être davantage valorisé à l’étranger que dans le pays où il est né.

La République démocratique du Congo dispose, à travers la Fondation Panzi et ses experts, d’une ressource exceptionnelle, forgée par des années d’expérience dans un contexte particulièrement difficile. Il appartient désormais à l’État de s’approprier cette richesse, de la soutenir et de l’intégrer pleinement dans ses politiques nationales, afin que les survivantes congolaises demeurent les premières bénéficiaires d’une expertise développée pour répondre à leurs besoins et à leur dignité.

Yvon Ramazani

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